Compte rendu

Compte-rendu de l’assemblée populaire du 12 mai 2012 à Lille

Compte-rendu de l’assemblée populaire du 12 mai 2012 à Lille

L’assemblée s’est tenue place Richebé, après la convergence des marches parties de Roubaix et Villeneuve d’Ascq et le pique-nique collectif qui s’en est suivi. Les thèmes de discussion sont rapportés dans l’ordre où ils ont été abordés à partir des notes prises pendant l’assemblée.

Les principes de la prise de parole dans une assemblée populaire consignés dans un texte collaboratif ont été lus en début d’assemblée :

Organisation spatiale des participants en cercle, pour voir autrui, respecter autrui, faire en sorte que personne ne soit le chef. Le respect d’autrui et l’attention à ne pas monopoliser la parole sont requis. Des fonctions dans les assemblées populaires sont réparties à chaque fois à d’autres membres pour éviter la constitution d’un leader.

Présentation de l’organisation de la distribution parole, avec des signes permettant de demander la parole, d’approuver et de manifester son accord, ou sa réprobation, ainsi que d’exprimer à l’intervenant une demande de raccourcir l’intervention ou d’y apporter une précision technique.

Eléments de présentation :

  • Ni association, collectif ou structure organisé : des initiatives locales et convergentes qui portent une réflexion sur l’organisation et la prise de décision collective.

Une horizontalité qui échappe au dialogue institutionnel à cause du refus de hiérarchie, ce qui pose aussi problème à la police pour cerner le mouvement. Les questions sont politiques mais le mouvement reste apartisan : on parle aux assemblées populaires en son nom propre ce qui n’empêche pas un engagement partisan ou syndical par ailleurs. La « grosse différence avec des assemblées politiques est la liberté » de la parole, permise pas l’absence de « concurrence dans la prise de parole » et le fait qu’ « il n’y aura jamais de chef ». Le revers est l’absence de légitimité légale. Il y a toutefois une « légitimité populaire », venu du droit de critiquer ce qui est fait.

  • Différentes actions ont été organisées notamment des marches, des campements, des assemblées populaires régulières, avec des modalités d’organisation locales selon les groupes. Les initiatives locales produisent un mouvement d’ampleur en parvenant à converger.

Des assemblées de deux types, assemblées générales et assemblées populaires, afin que les questions d’organisation ne prennent pas le pas sur les débats en séparant le moment où elles sont discutées. La prise de décision est consensuelle, si l’accord ne se fait pas, on fait des petits groupes de travail pour travailler la question.

  • Résumé des objectifs du mouvement :
  • « favoriser l’intelligence collective » : mettre au point un système de prise de décision et d’organisation collective.
  • « Fédérer et retrouver une contestation populaire, faire pression sur les hommes politiques »

« Ramener le débat public dans la rue », « essayer de faire en sorte que tout le monde puisse se réapproprier le débat politique et les idées »,

  • « Les indignés ne visent pas à rester un mouvement de contestation. Nous on réclame un nouveau modèle de vie. on ne va pas attendre avant de créer un réseau alternatif. ».

« propager toutes les alternatives existantes. », « fédérer des luttes et donc de fédérer des associations »

  • Une question : Quel rapport il y a entre le rapport entre le mouvement des indignés aujourd’hui et le document de Hessel il y a deux ans ?

Il n’y a pas de rapport de proximité : le rapport, c’est la concordance entre le lancement des mouvements espagnols et grecs et la sortie du bouquin qui a fait un carton, ce qui a donné le terme médiatisé d’ « indignados. » Le document de Hessel ne présente que des constatations de bon sens. Le mot indigné correspond à un état émotionnel dans lequel on se trouve. Prise de distance avec Hessel à partir de son appel à voter socialiste alors que le mouvement est a-partisan. Le livre est très simple à lire, mais après quoi faire ? Les gens ont l’impression qu’ils vont nécessairement rester cloîtrés chez eux alors qu’on peut faire autre chose.

  • en vrac, des paroles des membres de l’assemblée pour caractériser le mouvement :

« En un an d’existence, aucun journaliste, aucun politicien n’est capable de serrer la main du chef des indignés. Premier point. Après de fait, il y a des gens qui s’investissent et d’autres qui ne s’investissent pas. Il y a un an les gens se sont réunis et se sont demandées comment s’organiser ; ensuite les choses se sont organisées comme des rituels ; assemblées, avec une distribution de la parole grâce au texte lu au début, marches, campement, d’organisation. »

« Notion importante de l’intelligence collective : quelque part en France peut émerger une idée Si l’idée est bonne, elle va être propagée, c’est du réseau, Facebook, [ou du réseau] personnel, parce que les indignés sont des gens qui bougent beaucoup. »

« Je m’exprime en mon nom : tout citoyen ou tout militant est indigné par le fait, qu’il se retrouve ou pas dans l’étiquette indigné est plus un problème de médiatisation et connaissance. C ce qui dépend de la représentation médiatique. »

« Nous ce qu’on fait dans le mouvement, pour compléter un petit peu, c’est de faire de la réflexion et de ramener du débat dans la rue, du débat public, d’essayer de faire en sorte que tout le monde puisse se réapproprier le débat politique et les idées, on fait beaucoup d’actions, comme des journées comme aujourd’hui et aussi peut-être des actions coup de point. Et un objectif de fédérer les luttes, donc fédérer des associations ; faire en sorte que la parole passe et qu’il y ait de l’échange. A partir de là tout le monde peut participer dans le mouvement et à sa mesure, on peut participer de temps en temps, chacun amène ce qu’il veut dans le mouvement ; on bloque pas le mouvement si les idées correspondent à une déontologie. Si quelqu’un veut amener une idée, il trouvera du monde autour de lui pour l’aider ; chacun y amène ce qu’il veut et c’est ça qui est intéressant ;

« C’est se rendre compte que tout est lié, que les médias sont un cirque entre potes finissant tous par appeler à voter pour l’un ou l’autre, que tout est fait pour qu’on soit coincé par le fric, qu’on ne satisfasse d’un petit salaire sans faire autre chose, que la croissance est un mot d’ordre permettant de justifier des choses affreuses. »

« Je sais plus me taire […] je vois les marches partout, je parle toujours en mon nom, on est tous entrain de reprendre conscience […]que sur une terre qui est finie, l’éducation, l’environnement, le travail la finance, tout ça est lié et que si on ne se met pas ensemble pour une cohésion des luttes […] je ne nous donne pas long feu. »

« Une utopie n’est plus un rêve quand le rêve est collectif. »

« Le système de décision tel qu’on le fait [ici] est viable. »

« Précision très importante, les indignés ne visent pas à rester un mouvement de contestation. Nous on réclame un nouveau modèle de vie. On parlait de la croissance, ce mot n’est plus viable, il doit sauter ; on ne va pas attendre avant de créer un réseau alternatif. Moi c’est ce que j’estime être le rôle d’un indignés ; c’est de propager toutes les alternatives existantes. C’est aussi l’intérêt de cette journée pour les associations. »

« A partir du moment où on peut s’organiser sans eux, nous avons le pouvoir. Nous avons le pouvoir. A partir du moment où on décide qu’ on arrête de bosser, ils vont pas envoyer 7 millions de flics chez 7 millions de personnes »

« il existe quantité de choses. »

« Les gens ont l’impression d’être cloîtrés chez eux inconsciemment alors qu’ils le choisissent »

  1. Tour de parole où chacun a été invité à présenter de manière concise un sujet d’indignation

Est ressortie d’abord la critique de la mainmise du pouvoir financier sur la vie politique, l’information, de l’argent sur la vie, rendant le pouvoir du citoyen dérisoire dans l’état actuel des choses ; ont été abordée comme sujet d’indignation la crise écologique, les difficultés des handicapés à trouver du travail ; l’organisation de l’indifférence ; la répression, la politique des chiffres, Indignation devant le soutien au front national dans la région, de la part de petits producteurs, de commerçants sur les marchés, « qui sont comme nous ». Indignation notoire également devant la crédibilité que conservent des médias dépendants d’intérêts divers, devant un abêtissement entretenu pour créer des divisions.

Quelques extraits :

« Ce qui m’indigne, c’est la mainmise du pouvoir financier sur notre quotidien et la maîtrise qu’on leur a accordé pour le faire. […]Les hommes et les femmes politiques n’ont pas de pouvoir face aux lobbies et derrière on a la prétention d’être encore des citoyens ; Il y a un boulot à faire pour regagner ce statut. »

« moi ce qui m’indigne c’est le pouvoir excessif de l ‘argent. Qu’on ait[est ?] rien quand on n’a pas d’argent. Tout est achetable ; il y a tellement d’échanges et de possibilité sans argent que ce qui m’indigne réellement est de perdre une notion de citoyenneté au profit d’être consommateur »

Quelque chose qui me fait peur : les clivages entre les gens de gauche et de droite », à cause « d’arguments faits en sorte qu’il n’y ait aucun débat et aucune entente »[…] J’espère qu’on va retrouver de la solidarité dans la population. Il ne faut pas se reposer maintenant parce qu’on n’a jamais vu un président faisant quelque chose de bien sans qu’on lui demande de le faire »

« la mainmise des marchés financiers ; je ne comprends pas qu’on ne bouge pas plus quand [elle]met des gens dans la précarité. Ça me révolte depuis des années et je suis content d’avoir trouvé les indignés qui prennent le problème dans sa globalité et qui depuis quelques temps mettent en évidence les initiatives et alternatives locales ; ça redonne un peu d’espoir. »

« Les nonnistes non-entendus du traité de Lisbonne. La démocratie est totalement bafouée et les gens ont baissé les bras dans la foulée ; il va falloir se bouger les fesses si on ne veut pas aller droit dans le mur. »

« Plein de gens veulent changer mais le problème est qu’on sait pas trop comment s’organiser. »

  • Le peu de réserves d’alimentation à cause du système de la gestion des stocks : 9 jours de stocks alimentaires. « Le système est très fragile. Faut pas croire qu’il est éternel, immortel et indestructible. »
  • « je suis d’accord avec tout ce que j’ai pu entendre, je voudrais rajouter que je m’indigne contre la pensée unique et le formatage, privilégier l’avoir sur le fait d’être, c’est une forme d’aliénation et ça m’indigne. »

La crise écologique : l’obsolescence programmée ; les paysans ont des maladies, cela ne veut pas dire qu’il faut les accuser ou s’entre-accuser car on est tous pris dans le système, il ne faut pas se jeter la pierre mais se pardonner.

L’éducation devenue « l’éducation du meilleur », le problème des effectifs des classes avec pour y remédier du soutien individualisé au lieu de résoudre le problème des heures de cours en classe entière.

Le MES, ce n’est pas le mécanisme européen de solidarité, mais le mécanisme européen de stabilité, contre lequel le PS s’est abstenu.

« Je suis évidemment d’accord avec tout ce que j’ai entendu, moi je m’indigne également contre la mise en spectacle de tous les débats politiques où le mot d’ordre est le buzz et non plus l’idée. Mots dangereux dont on ne maîtrise pas le sens. La haine de l’autre est développée et se banalise dans les discours de tout ordre. »

« Les richesses doivent être partagées pour tout le monde, dans toute l’Europe. – dans le monde ! »

« On va faire la guerre pour faire la paix, faire la guerre pour faire la paix !!! »

« L’état du monde m’indigne déjà. Si je prends l’actualité récente on nous a pris pal mal pour des cons. On nous pense simplement capable de choisir entre un parti ou un autre, et ensuite une fois qu’on l’a choisi, on a exercé notre pouvoir. Alors que le pouvoir on l’a. [avec l’] extraordinaire créativité collective qu’il y a eu derrière toutes ces indignations qui ont été exprimées. Le moment historique où tout bascule c’est quand le mouvement d’en haut ne peut plus et les gens d’en-bas n’en peuvent plus. »

« qu’est-ce qui m’indigne, tout a été dit, mais en phrase, on rend les gens bêtes pour mieux diviser », « les gens cautionnent un système » qui tient sur cette caution donnée.

« L’indifférence de certaines personnes pour pas dire des gens surtout vis-à-vis des SDF et des roms puisque je fais partie d’une association qui s’occupe d’eux. Les municipalités ne font pas grand chose pour les aider »

« Tout est fait pour qu’on soit divisé dans la société. Il y a trop de la compétition partout ; on le voit quand on a des élections, c’est de la compétition d’idées entre le gens, c’est pas du débat. Il faut mieux coopérer et une société fonctionne mieux en mettant de la coopération à tous les niveaux. Tout est fait pour nous diviser. »

« Tout a toujours été fait pour nous diviser. Peu de choses ont été faites ces dernières années, maintenant ça devient mondial avec des techniques macabres. C’est étonnant comment on fout délibérément notre santé en l’air et qu’on puisse laisser faire. On apprend à être divisé et à se sentir sous coupable, chacun doit porter sa culpabilité, on est élevé dans l’indifférence. Tout se rejoint pour qu’on ne s’en sorte déjà pas avec soi-même. C’est ce qui évite les gens de se rassembler. »

« Moi aussi ça me fait mal au cœur de voir [de voir] à quel point tout le monde nous divise, on nous convie dans un système où l’argent a tout confisqué même les rêves. Le rêve des gens aujourd’hui, c’est de gagner au loto.[…] Il y a aussi des choses qui s’inventent… le modèle de l’Islande dont on nous parle pas assez »

***

S’en est suivi directement une assemblée de présentation du travail associatif présenté comme des éléments de solutions aux problèmes abordés.

Les associations ayant répondu à l’appel des indignés et ont présenté leur action sont les suivantes :

  • cyclopaysan

http://www.cyclopaysannpdc.net/

Défense d’un droit à la terre en facilitant l’installation des agriculteurs et des personnes voulant faire de l’agriculture pour nourrir une famille.

  • Association pour le maintien de l’agriculture paysanne

http://www.amap5962.org/

  • Alimentation bio en ligne

http://www.laruchequiditoui.fr/

« l’Etat n’assume pas ses responsabilités »

  • Association des gens d’Hellemme

http://www.lesgens-hellemmes.org/joomla/index.php?option=com_content&task=view&id=20&Itemid=48

Les objecteurs de croissance présentent des candidats aux législatives.

  • Système d’échange local

«système d’échange local une façon de consommer différemment, créer du lien entre les gens, échanger, des biens, des services et des savoirs, des échanges, de tout, en temps mais pas en argent. On échange une minute, un grain de sel, c’une autre façon de consommer, ça peut contribuer pas à changer complètement le monde, mais en partie »

http://www.rijsel.org/

  • Initiative du type « on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste », inspiré par le film l’An 01. Dont la suite (l’An 02) reste à écrire, pour poursuivre l’initiative des personnes qui avaient travaillé à la constitution de ce film dans un mouvement de poursuite de la réflexion née en 1968. http://www.youtube.com/watch?v=WSEpESmR9qU

Partir, faire du vélo et manger ce que les gens vous donnent. Site en cours de construction : http://unvelodanslatete.free.fr/?page_id=72

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Des documentaires à voir et diffuser pour prolonger et partager la réflexion :

  • Notre pain quotidien
  • Du poison dans l’eau du robinet
  • Comment le FMI fabrique la misère
  • La mort est dans le pré
  • Interventions de Claude bourguignon
  • 1984 Orwell
  • Gazland
  • Le nouveau chien de garde
  • Le temps des cerveaux disponibles
  • Solutions locales pour un désordre global

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Ces deux assemblées ont été suivies d’un défilé festif où les indignés ont affronté la très sainte église de la consommation dans un concours de chants. Le défilé s’est poursuivi avec un arrêt devant la BNP avec un appel à ne pas céder aux Sirènes des banques.

Après qu’on se soit restauré, la journée s’est terminé en improvisation autour de quelques musiciens, avec du jonglage et divers discussions informelles.

L.C.

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